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L'utilité de la COP 13 ?

Les soins d'un patient psychotique sont porteurs d’années de souffrances pour lui-même et pour sa famille et d’années de difficultés pour les équipes soignantes. Des crises, des améliorations et des rechutes, des moments d’alliance et de rupture, des progrès et des reculs, des altérations et des recompositions des conditions de vie émaillent  le parcours de chaque malade psychotique.

Au long des années du traitement, l’ « appareil de soins » qui lui répond, évolue aussi. Le patient le sollicite pour des besoins qui varient mais il évolue également parce qu’il est obligé de changer : changements d’organisation et d’orientation des services, modifications des équipes, mutations des médecins etc..

Prises dans l’action quotidienne, les équipes de soins  ne peuvent que rarement se faire une idée claire sur le « point » où en est le patient et encore moins faire des comparaisons fiables.  Comment savoir si un patient, au delà des apparences, va mieux ou si son état psychique se détériore ? Comment repérer et décrire ce qui change chez un patient psychotique dans le cadre de soins psychiatriques toujours complexes et sous l'influence de ce cadre?

Nous parlons souvent, avec une certaine gêne,  de « stabilisation ». Cela signifie en réalité que nous  sommes en état de moindre alerte et que les interventions pour le patient que l’on soigne se font moins fréquentes ou moins importantes. Mais quel est le sens psychopathologique de la stabilisation d’un état psychotique ? Quels sont les critères fiables et simples pour  affirmer que le processus psychotique est ralenti ou quiescent ?

La complexité d’un état psychotique  est telle qu’elle ne se laisse pas réduire à quelques critères faciles  à repérer. Par exemple, pour pouvoir déterminer  si un médicament convient à un patient, plusieurs semaines voire plusieurs mois de traitement sont nécessaires. Il faut confronter l’avis du praticien, de l’équipe, du patient, et si possible, de sa famille.

Pour accepter qu’un patient puisse quitter l’hôpital ou cesser de venir en hôpital de jour, les difficultés sont encore considérables. Pour prévoir la capacité d’un patient à reprendre un travail ou une activité scolaire, notre jugement clinique reste incertain, ce qui expose le patient et les soignants à des désillusions. Ajoutons que l’habituelle longue durée des traitements, tellement indispensable pour les états psychotiques, émousse les perceptions cliniques et rend tout repérage plus difficile surtout quand les équipes et les praticiens changent, ce qui est fréquent dans la pratique hospitalière et de secteur.

Pour être à la hauteur de ces enjeux complexes, il faudrait que notre esprit soit capable de prendre en compte simultanément de très nombreux aspects de la réalité psychique et matérielle. Reconnaissons que notre pensée s’y perd rapidement, se décourage et bien souvent nous ne pouvons répondre qu’en privilégiant deux ou trois dimensions cliniques mais en laissant inexploité ou informe un gisement de connaissances. Les praticiens sentent qu’une appréciation sur plusieurs axes serait nécessaire, mais de nombreux aspects pertinents, pourtant bien connus des cliniciens et des équipes, ne sont encore pas formalisés.